Tentative de coup d’Etat en Turquie: Au café et dans la rue les stambouliotes pris de panique

Ils l’avaient juré: en ce vendredi soir, une tentative de coup d’Etat n’allait pas forcer les derniers irréductibles de ce bar du quartier de Besiktas, à Istanbul, à rentrer chez eux. Mais lorsque le patron lance: “la loi martiale est décrétée”, le café se vide en un clin d’oeil.

Jusqu’à ce que la chaîne publique TRT annonce qu’un coup d’Etat militaire est en cours et que la loi martiale est décrétée, cette rue de Besiktas, sur la rive européenne d’Istanbul, était particulièrement calme pour un vendredi soir.

Seule une poignée de clients attablée au café s’attarde à discuter de la tentative de putsch militaire en cours. “Ce pays a vécu tellement de coups d’Etat… Je suis contre. Celui-ci ne va pas marcher”, explique Ali, dont la fierté est d’habiter Besiktas et d’arborer un tatouage à l’effigie de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne.

“Les gens rentrent chez eux à cause du coup d’Etat. On est combien ici, d’après vous? Normalement cet endroit devrait grouiller de monde”, lance-t-il. “Ce coup d’Etat est une mauvaise chose. Il va nous ramener 20 ans en arrière”, assène-t-il. Son ami Basak acquiesce: “ce pays a vécu beaucoup de putschs. Nous ne sommes pas prêts pour en vivre un autre”.

En temps normal, Ali et Basak devraient forcer la voix pour se faire entendre un vendredi soir à Besiktas. Mais ce soir, cafés et bars ont fermé boutique dès qu’a été connue la nouvelle de la tentative de coup d’Etat lancée par un groupe de militaires.

Le calme, seulement interrompu par le vrombissement d’hélicoptères, confère à certains quartiers d’Istanbul un air de ville fantôme. Surréaliste dans cette ville, la plus grande de Turquie, où cafés et bars sont d’ordinaire pleins en ce début de week-end.

“Vous y croyez, vous?”

Les ponts qui enjambent le Bosphore ont été partiellement fermés dans le sens Asie-Europe, et de grandes artères menant notamment à la place Taksim, dans le centre de la métropole, sont bloquées par les forces de l’ordre.

La crainte de débordements et d’une escalade ont poussé les Stambouliotes à s’approvisionner en vivres et en argent liquide par milliers. Résultat: “Il y a beaucoup de gens dans les magasins malgré le couvre-feu. Il y a des files d’attente devant les distributeurs de billets”, explique Güney Köse, dirigeant d’une start-up, joint par l’AFP par téléphone.

“Je ne suis pas pour l’AKP (Parti de la justice et du développement du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan) et Erdogan n’est pas un grand démocrate, mais un coup d’Etat n’est pas la solution. Je crains une guerre civile”, raconte-t-il.

A Istanbul des soldats ont ouvert le feu sur la foule, faisant des blessés, selon un photographe de l’AFP, et à Ankara, 17 policiers ont été tués, d’après l’agence Anadolu.

“C’est très étrange. On a compris vers 22H00 (19H00 GMT) qu’il se passait quelque chose. Dans la rue, les gens s’interpellaient, en disant +Vous y croyez, vous?+”, dit Valentine Deseille, une Française de 22 ans, qui travaille à l’université Sehir d’Istanbul.

“Beaucoup d’étudiants ont déjà annulé leur échange Erasmus prévu en septembre et ça risque d’empirer”, conclut-elle.

Vers 03H00 samedi (00H00 GMT), le Premier ministre turc a déclaré que la situation était “largement sous contrôle”.

Llibre.be

16 juillet 2016

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