Tensions entre France et Maroc après “Charlie”

Laurent Fabius et son homologue marocain devaient se rencontrer cette semaine. Mais on apprend que la rencontre est reportée. Pourquoi le torchon brûle-t-il entre Rabat et Paris ? L’épisode “Charlie Hebdo”, quelques manchettes de journaux auraient encore envenimé la relation pourtant historique entre les deux pays.

Pourquoi cette crise ?

Tout remonte au 20 février 2014
Depuis la “visite”, le 20 février 2014, de sept policiers français à la résidence de l’ambassadeur du roi du Maroc en France, et qui entraîna le gel de toute coopération judiciaire avec Paris, le Maroc attend toujours une clarification.
Certes, il y a l’indépendance des juges. Mais dans l’affaire de Neuilly, les plaignants à l’origine de cette action judiciaire, condamnés pour escroquerie au Maroc, ne sont pas étrangers aux intérêts séparatistes sahraouis, intérêts soutenus par l’Algérie. Des réseaux agissent clairement pour déstabiliser la relation franco-marocaine.
Rabat, contrairement à de fausses informations colportées par un billet du “Figaro”, ne demande pas l’immunité de ses responsables sur le sol français.
Manuel Valls l’a dit le 30 juillet dernier : le Premier ministre français annonçait que la France préparait une révision de la convention de coopération judiciaire entre les deux pays. Or six mois après, l’idée d’introduire plus de subsidiarité dans l’encadrement légal du traitement judiciaire indépendant d’affaires sensibles n’a toujours pas été concrétisée par la France.

Le poids du contexte régional
Selon un grand hebdomadaire marocain, le Maroc aurait décidé de tourner le dos à la France. Le Maroc aurait décidé de jouer désormais la carte Espagne – États-Unis contre son partenaire français, trop proche des Algériens.
Il est vrai que la France est proche de l’Algérie : au Mali, alors que le Maroc a apporté son appui politique et opérationnel dès le premier jour à l’opération Serval, la France semble tenir à une exclusivité franco-algérienne du traitement du dossier malien. Le ministre de la Défense français, Jean-Yves Le Drian, l’a avoué dans “Jeune Afrique” le 16 décembre.
Or pourquoi la France se priverait-elle de l’appui marocain ? Le Maroc est le premier allié des Européens dans la lutte mondiale contre les “jihadistes”. En inscrivant dans sa constitution son héritage multiculturel, en formant des milliers d’imams d’Afrique selon les préceptes de l’islam chérifien, le Maroc agit dans le même sens que la France et l’Europe.

Une monarchie qui se démocratise
Sur les droits de l’homme, il se dit que la France aurait boycotté le Forum mondial des droits de l’homme à Marrakech fin novembre (il est vrai qu’aucun ministre français ne s’y est rendu).
Il faut être aveugle, ou de mauvaise foi, pour ne pas voir les nombreux progrès observés au Maroc ces quinze dernières années : réforme du code de la famille, régularisation de milliers de sans-papiers subsahariens, dispositifs de contrôle des prisons, transparence des scrutins électoraux, alternance politique, réforme en profondeur de la constitution progrès du débat sur l’abolition de la peine de mort…
Certes, on constate encore au Maroc des arrestations arbitraires, des interdictions de réunions publiques, des journalistes intimidés voire emprisonnés. Mais ces faits tiennent plus de réactions de forces conservatrices vieillissantes que d’un système qui, lui, se démocratise en profondeur.
Sur un plan plus politique, de nombreux intellectuels français n’acceptent pas le caractère monarchique du régime marocain, malgré la très forte popularité du roi. La relation du peuple au roi ne relève pas d’une simple allégeance. Le roi a des devoirs et des obligations vis-à-vis de son peuple. Bref, le Maroc est et restera une monarchie qui se démocratise.

Les Français et les Marocains doivent se parler
Doit-on rappeler que la France et le Maroc sont malheureusement les premiers pourvoyeurs d’apprentis “jihadistes” en Irak et en Syrie ?
François Hollande, lors de l’inauguration de l’exposition sur “Le Maroc contemporain”, à l’IMA, le 14 octobre 2014, l’avait déclaré :
“Je veux maintenir des relations de confiance et dépasser toutes les difficultés qui peuvent parfois surgir, parce que nous avons besoin l’un de l’autre, le Maroc de la France et la France du Maroc. […] Je veux que nos deux pays non seulement demeurent des partenaires d’exception mais puissent encore davantage coopérer dans tous les domaines.”
La France et le Maroc doivent se parler. Le 2 mars prochain, l’exposition qui vient de se terminer au Louvre, “Le Maroc médiéval”, sera inaugurée à Rabat. Et si le président de la République française se rendait à Rabat ? Ce serait là une excellente occasion d’acter avec le Maroc une réconciliation tant attendue et si salutaire.
© leplus.nouvelobs.com

22 janvier 2015

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