Jackpot pour les industriels français a l’issu de la Visite de Sarkozy au Maroc

UN discours enfiévré et des contrats en béton. Le président français, Nicolas Sarkozy, en visite d’Etat au Maroc depuis le 22 octobre, a prononcé hier une allocution devant le Parlement. Il joint ainsi le verbe à l’acte.
Fidèle à sa réputation d’homme pressé et pragmatique, le chef d’Etat français avait conclu, le jour même de son arrivée, des accords commerciaux pour la coquette «somme de 33 milliards de DH» (3 milliards d’euros). Son discours a notamment fait allusion aux principaux secteurs (transports et énergie) dans lesquels l’industrie française a su se faire valoir. En tout cas, la plus grosse partie du pactole (33 milliards de DH) revient évidemment aux entreprises tricolores. C’est elles qui vont se charger d’implanter une ligne TGV entre Tanger et Casablanca (voir édition du 22 octobre).
Le premier tronçon sera réalisé entre la ville du détroit et Kénitra, soit 200 km. Alstom va d’ailleurs livrer à l’ONCF, à partir de 2010, une vingtaine de locomotives Prima électriques nouvelle génération (voir page 8). Ce marché porte sur 814 millions de DH. Un autre contrat de plus de 2 milliards de DH a été conclu en vue d’équiper la centrale à cycle combiné d’Aïn-Béni-Mathar, à une centaine de kilomètres d’Oujda.
La France va par ailleurs ouvrir un crédit de 418 millions de DH pour le financement du projet d’assainissement de Nador. Il y a aussi le protocole d’accord signé entre Areva et l’OCP pour extraire l’uranium de l’acide phosphatique. Il se pourrait que ce protocole soit un premier pas vers une coopération dans le nucléaire civil. Le président français a par ce biais passé un message dans ce sens à l’Iran lors de son intervention au Parlement.
Sarkozy a certes fait l’éloge du savoir-faire français, mais il s’est gardé dans son discours d’évoquer l’armement. Le fiasco des négociateurs français, face à leurs concurrents US, n’est un secret pour personne. Rabat a fini par laisser tomber l’achat des avions de chasse Rafale au profit des américains, les F16.
Sarkozy a lui-même laisser entendre à ce sujet qu’«il n’y a pas que des succès». Pourtant, la France ne semble pas lâcher prise.
Le Maroc va «acheter une frégate polyvalente de classe FREMM pour un coût de 550 millions de DH», rapporte l’AFP. Il a également «été décidé que Paris moderniserait vingt-cinq hélicoptères Puma et 140 véhicules militaires appartenant aux FAR», ajoute celle-ci. Et, cerise sur le gâteau, «un système de surveillance des frontières sera livré par la France».
Dans son discours à l’égard du «Maroc en mouvement», du «Maroc réconcilié avec son passé» et «tourné vers son avenir», le président français zappe également l’affaire Ben Barka. Un dossier qui curieusement vient de connaître un rebondissement de taille. Le juge Patrik Ramaël vient de lancer cinq mandats d’arrêt visant notamment le général Hosni Benslimane, chef de la Gendarmerie royale. Sinon, le président français n’a pas hésité de revenir sur des sujets-phares: Sahara, immigration, Union méditerranéenne et diversité culturelle.
La «France est à votre côté, lance-t-il, pour trouver une solution politique négociée». Pas de double langage. Sarkozy reste prudent en parlant de «Sahara-Occidental». Mais il n’hésite pas à faire référence au «plan d’autonomie comme base de négociation». Son soutien concerne aussi le statut avancé du Maroc auprès de l’UE.
Côté immigration, l’Elysée compte lancer durant le 2e semestre de 2008 une conférence euro-africaine pour se pencher sur le sujet. Là aussi, Sarkozy veut resserrer, à sa manière, les liens humains. Il évoque une «immigration choisie, organisée» mais «négociée en commun accord». Le deal est clair.

L’Economiste

Laisser un commentaire à propos de l'article- Merci de noter que ce n'est pas un site où mettre vos CV et informations personnelles.