Des intellectuels plaident à Rabat pour un dialogue inter-religieux engagé pour connaître l’Autre dans sa différence

Une pléiade d’intellectuels et religieux, réunis jeudi à Rabat autour d’une table-ronde sur « Le dialogue inter-religieux et interculturel aujourd’hui », ont plaidé pour un dialogue inter-religieux engagé pour « mieux connaître l’Autre dans sa différence ».
Les intervenants, qui se sont appesantis sur la notion du dialogue entre les humains et entre les religions, ont insisté sur l’impératif d’apporter « une plus grande clarification sur le rôle des religions dans nos sociétés en mettant à profit nos valeurs communes ».

L’inter religieux « doit être appréhendé comme un facteur de rapprochement entre les humains », a estimé M. Driss Khrouz, directeur de la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc, faisant remarquer que le problème de l’inter- religieux se pose en termes de valeurs partagées.

« Nous vivons sur la même terre, nous avons énormément de problèmes communs et de richesses communes, outre les valeurs partagées », a-t-il dit avant de s’interroger « comment partir de ce qui nous unis pour approcher de manière ouverte et engagée ce qui nous différencie ? ».

« Il est nécessaire de se connaître mutuellement en profondeur dans nos différences, connaître l’autre et considérer qu’il est différent et qu’il n’est ni supérieur ni inférieur », a indiqué M. Khrouz, poursuivant que chacun a sa vérité « mais le principe essentiel c’est que chacun porte sa religion pour être serein et fort ». Chaque religion doit garder ses propres interprétations et sa propre trajectoire historique, a-t-il dit.

Selon M. Khrouz, la mondialisation, qui permet de communiquer, ne peut rejeter ni occulter la religion.

« Il ne faut pas mélanger civilisation et religion », a pour sa part souligné Simon Lévy, secrétaire général de la Fondation du patrimoine Judéo-Marocain et directeur du Musée du judaïsme marocain de Casablanca.

Il a, en outre, souligné qu’ »il faut revoir notre histoire commune afin de pouvoir apporter une autre vision sur l’autre ».

« Il faut faire un pas vers l’autre et ensemble vers le mieux », a noté M. Lévy, ajoutant qu’aujourd’hui on parle d’un Maroc pluriel « cela suppose qu’il faut développer ce qui nous unis et nous rapproche et promouvoir un dialogue entre citoyens (…) ».

Même son de cloche chez Ahmed Abbadi, président de la ligue Mohammadienne des théologiens du Maroc, qui a mis en exergue la nécessité de la reconnaissance mutuelle, rappelant qu’ »on ne saurait approcher un texte quelconque sans préjugé, sans passé ». « L’homme doit être conscient de cet arsenal d’idées et de pensées et doit essayer de relativiser. Il faut avoir l’intelligence de pouvoir se compléter », a-t-il affirmé.

M. Abbadi a plaidé, dans cette optique, pour un dialogue sur les valeurs communes à condition de connaître l’autre, mais, a-t-il noté, « chacun conçoit les choses à travers ses connaissances et sa religion ».

Vincent Landel, archevêque de Rabat a estimé, de son côté, qu’il est nécessaire d’avoir un minimum de connaissance des uns et des autres en ce sens qu’il ne peut y avoir de paix sans justice. A ses yeux, « il est important d’ uvrer ensemble pour mettre en place une justice sociale au moment ou le religieux doit illuminer tous nos engagements ».

Jacques Levrat, prêtre à Beni Mellal, a estimé qu’il est un devoir pour tout un chacun d’oeuvrer à promouvoir la paix. Le dialogue inter-religieux est une invitation à l’enrichissement mutuel et un message spirituel porteur d’espoir, a-t-il ajouté.

« Nous vivons dans un monde plein de conflits, il est naturel que nous dialoguons et il est nécessaire de se respecter avant de parler de tolérance », a-t-il fait observer.

Modérée par Mme Rita El Khayat, médecin psychanalyste et écrivain et M. Faouzi Skalli, président de l’Agence Parchemins, cette rencontre a été initiée par l’Institut français de Rabat en collaboration avec la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc.

L’Opinion

Commentaires

  1. Prince des canuts a écrit :

    Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire de l’humanité, la première manifestation écrite du racisme apparaît sur la Thora, plus communément appelée Bible ou Ancien Testament, rédigée et compilée entre le 7e et le 2e siècle avant J.C. par les descendants de prêtres monothéistes égyptiens*1.

    Convaincue qu’elle était de sa supériorité raciale : « Ceux qui étaient de la race d’Israël se séparèrent de tous les étrangers »*2, cette communauté religieuse se proclama « élue de Dieu » pour se placer au dessus du commun des mortels, en gardant jalousement le secret de ses rites religieux. Elle alla même jusqu’à s’attribuer une auréole de sainteté qu’elle inscrivit dans le texte même de la Bible en considérant comme « une abomination » le fait de « mêler la race sainte aux gens du pays »*3, c’est-à-dire « les autres », qualifiés « d’impurs » et désignés sous le terme méprisant de « goyim ».Cette idée de supériorité raciale, bien incrustée dans l’esprit de la communauté hébraïque, a été transmise de génération en génération, devoir de mémoire oblige, et se retrouve de nos jours dans l’idéologie de l’Etat d’Israël.

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