Charlie Hebdo: les actes antimusulmans se multiplient en France

Les provocations à l’égard des musulmans de France explosent, depuis l’attentat terroriste contre Charlie Hebdo.
Suite à l’attentat meurtrier contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo mercredi 7 janvier, qui aurait été commis par Saïd et Cherif Kouachi, qui ont, selon des témoins, crié « on a vengé le prophète » après avoir tué 12 personnes, les musulmans de France sont les cibles d’attaques et de provocations islamophobes. Les incidents se multiplient, malgré les appels à éviter les amalgames entre terrorisme et islam.
Mercredi 7 janvier :
Dans la petite ville de Caromb, en Vaucluse (sud) des coups de feu sont tirés sur une voiture appartenant à une famille musulmane, « sur la voie publique », sans faire de blessé.
Des grenades d’exercice, dites grenades à plâtre, sont lancés sur une mosquée de la ville du Mans (ouest) durant la nuit. L’une des vitres est perforée par une balle. Aucune victime à déplorer.
A Poitiers (centre-ouest), un suspect est interpellé après avoir inscrit « Mort aux Arabes » sur le grand portail de la mosquée dans la nuit du mercredi 7 au jeudi 8. Interpellé par la police, il aurait dit avoir agi sous l’emprise de l’alcool, « bouleversé » par l’attentat contre Charlie Hebdo.
A Port-La Nouvelle, dans l’Aude (sud), des coups de feu ont été tirés vers 20h sur la porte d’une salle de prière. L’auteur des coups de feu a pu prendre la fuite sans être interpellé ; aucune victime n’est à déplorer.
Jeudi 8 janvier :
A Villefranche-sur-Saône (est), devant un snack kebab situé juste à côté de la mosquée de la ville, une explosion a soufflé la devanture du restaurant. Le maire de la ville a précisé que ce dernier « est géré de manière indépendante (…) par des personnes proches de la mosquée » et « où se regroupent des personnes qui fréquentent le lieu de culte mais aussi d’autres personnes ».
Dans la nuit de jeudi à vendredi, la mosquée d’Aix-les-Bains (est) a été incendiée. Toutefois, à ce stade, les autorités ont dit privilégié la thèse de l’accident, après que la police a identifié un court-circuit dans le compteur électrique, après une fuite d’eau. Une explication, qui, dans le contexte du moment, peine à convaincre la communauté musulmane d’Aix-les-Bains. La police scientifique a été dépêchée pour éclaircir les faits.
Durant la même nuit, quatre coups de feu ont été tirés dans la nuit de jeudi à vendredi sur la façade d’une mosquée d’une petite ville d’Albi (sud).
A Bayonne (sud-ouest), des inscriptions racistes et haineuses faisant référence à l’attentat ont été découvertes sur la mosquée.
Vendredi 9 janvier :
Une tête de porc et des viscères ont été découverts, accrochés à la porte d’une salle de prière musulmane, à Corte en Corse (sud-est), selon la gendarmerie. Une lettre accompagnait ces restes de porc. La gendarmerie l’a récupérée.
L’union nationale en péril
Le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait condamné jeudi soir toute « violence » ou « profanation » visant des lieux de culte et souligné que « les auteurs de tels actes doivent savoir qu’ils seront eux aussi recherchés, arrêtés et punis ». Le Premier ministre Manuel Valls a aussi tenu à souligner vendredi que la France était « dans une guerre contre le terrorisme », pas « contre une religion ». Mais la communauté musulmane craint d’être le bouc-émissaire du climat délétère qui a explosé avec ces attentats.
« J’ai peur que ces actes s’amplifient dans les jours à venir. On demande (au ministère de) l’Intérieur d’assurer la sécurité », a commenté le président de l’Observatoire national contre l’islamophobie au CFCM, Abdallah Zekri.
Le drame de Charlie Hebdo, a d’abord inspiré, en France, un sentiment d’unité nationale dans le soutien aux victimes qui connaît ses premières brèches. Dans une vidéo diffusée mercredi soir, Marine Le Pen, présidente du Front nationale a certes pris soin de distinguer « les compatriotes musulmans attachés à notre nation » et « ceux qui croient pouvoir tuer au nom de l’islam ». Mais cela ne l’a pas empêché de glisser : « Cet évident refus de l’amalgame ne doit pas être l’excuse de l’inertie ou du déni. »
Une grande marche républicaine est prévue dimanche 11 janvier, à laquelle tous les partis politiques sont conviés sauf le Front national. Par ailleurs, des groupuscules d’extrême droite appellent à manifester dimanche 18 janvier à 18h.
Les représentants du culte musulman en France multiplient les condamnations de la tuerie et hommages aux victimes (à l’image de Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman : « La communauté musulmane est particulièrement choquée et ébranlée »). Ce qui n’est pas sans agacer, chez les musulmans eux-même, mais pas seulement.
Pour le chanteur du groupe français de musique Zebda, Mouss (alias Mustapha Amokrane), « être musulman, aujourd’hui dans ce pays, c’est être entre le marteau et l’enclume: entre ces gens-là qui massacrent au nom de leur religion et le racisme antimusulman grandissant qui fait vendre des livres par kilos », dit-il.
Fateh Kimouche, fondateur du site Al Kanz, destiné à la communauté musulmane de France, relève pour sa part que « nombre de médias nous disent que les musulmans doivent parler plus », avec amertume :
Mais on se mobilise tout le temps ! Je rappelle que les musulmans aussi sont touchés: le policier tué à bout portant (devant Charlie Hebdo) s’appelait Ahmed Merabet. Nous ne sommes pas épargnés.
Pour l’historien Benjamin Stora, l’amalgame est une blessure pour tous ceux qui ont traversé la guerre civile en Algérie, dans les années 1990, marquée par « l’apparition d’un courant relevant d’un islam politique extrêmement violent ». « Quand on dit les musulmans, on oublie qu’il y a des gens qui ont déjà vécu cette épreuve de l’assassinat de l’intelligence », explique-t-il à l’AFP, en rappelant qu’à l’époque les journalistes et les caricaturistes algériens étaient une cible privilégiée des intégristes.
© Telquel

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