Etats-Unis • La campagne électorale et les journalistes
En période électorale, les journalistes américains perdent-ils leur objectivité ?
50 % des américains, selon les sondages, le pensent, mais cela est-il vraiment surprenant ?
Pas vraiment, c’est assez reconnu qu’une majorité de reporters ont le cœur plus à gauche qu’à droite, ils se tendent donc à voter démocrate plutôt que républicain, c’est leur droit le plus absolu, leur profession ne leur retire pas leur droit d’avoir des opinions politiques personnelles, mais est ce que celles-ci n’influencent pas leurs commentaires qu’ils souhaitent écrire ou parler ? La déontologie exige la neutralité du journaliste qui doit être un observateur et un rapporteur impartial. Dans l’absolu c’est très noble, dans la réalité c’est beaucoup plus difficile. L’objectivité intégrale, aussi souhaitable que soit-elle, est un objectif quasiment inatteignable.
Voilà donc la presse soupçonnée, sinon accusée d’Obamania excessive, elle s’est fait prendre le doigt dans le pot de confiture lors de la récente tournée internationale du candidat démocrate, ses moindres faits et gestes ont été rapportés par les médias qui l’ont suivi pas à pas de Kaboul à Londres en passant par Bagdad, Jérusalem, Ramallah, Paris et sans oublier bien entendu Berlin où même Britney Spears et Paris Hilton, artistes favorites de John McCain, n’auraient pas réussi à attirer autant de monde.
Lorsque McCain avait fait une tournée presque identique en mai, rares étaient les reporters qui l’avaient accompagné. Et si la presse parlait de son voyage, c’était pour se moquer de sa confusion entre les Chiites et les Sunnites. McCain avait bien été reçu lui aussi par Nicolas Sarkozy, mais le président français n’avait pas organisé, comme il l’a fait pour Obama, une conférence de presse conjointe sous les lambris de l’Elysée.
Le candidat républicain avait donc légitime raison de se plaindre du favoritisme dont jouissait de la part de la presse son rival. L’excuse avancée par les patrons de l’information, pour justifier une couverture souvent disproportionnée de la campagne, des déplacements de Barack Obama, « il représente quelque chose de nouveau» , ce qu’ils ne disent pas publiquement, c’est qu’il fait vendre des journaux et des magazines.
John McCain doit donc cette année accepter son sort, en nombre de lignes écrites à son sujet, il ne battra jamais Barack Obama. Il doit penser avec nostalgie à l’an 2000, il y a 8 ans, il était déjà candidat et le chouchou des médias alors c’était lui. Il avait séduit les journalistes par son franc-parler et sa facilité d’accès, il les recevait sans façon à bord de son autocar transformé en Etat-major roulant alors qu’il sillonnait l’Amérique. Dédaignant la langue de bois, il s’exprimait librement sur tous les sujets, même les plus délicats. Les reporters étaient sous le charme. McCain était alors plus attrayant qu’Al Gore.
Aujourd’hui toutefois, le sénateur de l’Arizona a perdu de sa spontanéité, et même s’il se plaint d’être négligé par les médias, il accorde de plus en plus difficilement des interviews à la presse nationale, à qui il préfère les reporters locaux moins inquisiteurs dans leurs questions.
Howard Kurtz, critique des médias au Washington Post, consacrait il y a quelques jours sa chronique à un autre cas embarrassant pour ses confrères, le scandale John Edwards, l’ancien candidat démocrate, ex-colistier de John Kerry en 2004, il a finalement reconnu qu’il a vécu une liaison avec une de ses collaboratrices en 2006. C’était le secret de polichinelle, tous les journalistes le savaient, mais pourquoi alors ont-ils attendu que l’Enquirer, une feuille à ragots, le publie pour finalement en parler ? Auraient-ils fait preuve de la même discrétion s’il s’était agit d’un politicien républicain, parce que Larry Craig sénateur de l’Idaho s’est fait prendre entrain de faire des avances à un policier en civil dans les toilettes d’un aéroport, ou lorsque l’autre sénateur, David Vitter de Louisiane a confessé avoir rendu visite régulièrement à une prostitué ; la presse en a fait ses choux gras.
Pour justifier la lenteur qu’ils ont mis à révéler les faiblesses de John Edwards, dont l’épouse souffre d’un cancer incurable, les responsables se drapent dans le manteau de la vertu, « Nous avons des principes, disent-ils, nous n’imprimons pas des rumeurs ». L’Enquirer toutefois, ce n’est certes pas du genre à recevoir des prix Pulitzer, n’en a pas moins à l’occasion, prouvé qu’il était capable de faire des enquêtes sérieuses, c’est lui qui, par exemple en 2001, avait révélé que le frère d’Hillary Clinton avait reçu 400.000 $ pour obtenir de Bill Clinton la grâce présidentielle pour un homme d’affaire véreux.
Petite consolation pour le parti qui se sent ignoré par les journalistes, lors des 10 dernières élections qui ont eu lieu en 30 ans, depuis 1968, les américains ont à 7 reprises élu ou réélu un républicain.




































